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4 pages fédéral Campagne internationale contre les Centres de rétention
En finir avec l’emprisonnement des immigrés au Royaume Uni
Fédération anarchiste britannique

Ce supplément au Monde Libertaire consacré à la question de l’immigration et des centres de rétention administrative (CRA) s’inscrit dans le cadre d’une journée d’action de l’Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA) sur ce thème. Durant le mois de novembre des initiatives et des actions auront lieu au Royaume-Uni, en Italie, en France, en Espagne... afin d’affirmer encore et toujours notre opposition à tout enfermement, notamment celui qui consiste à priver de liberté une personne pour le seul fait d’avoir quitté son pays espérant des jours meilleurs dans nos "démocraties". Mais l’Europe et la France sont bien loin d’être des terres d’accueil, munies de leur "centres d’expulsion" (Royaume -Uni), "centres de rétention administrative" (CRA - France) ou "centres d’identification et d’expulsion" (CIE – Italie)... dont le but est bel et bien d’expulser à tout va, de faire du "chiffre", de gérer des mouvements de population. Mieux vaut parler de nombres que de personnes quand l’objectif est de gérer, de réprimer, de se débarasser d’indésirables, sans se préoccuper de leur conditions de vie ici, ni de leur devenir ailleurs ! Voici donc quelques pages pour parler de la réalité des centres de rétention, pour aborder les difficultés et les objectifs des luttes contre ceux-ci, pour apporter un regard international sur un problème mondial : la criminalisation de l’immigration. Ni Etat ni frontière ! Liberté de circulation et d’installation pour tous et toutes ! Secrétariat Relations Internationales – Fédération Anarchiste

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En Angleterre, il a été pénible de voir la détresse des immigrés de Calais, notamment depuis que l’Etat français les a chassés de leur cabanes improvisées, leur retirant jusqu’à leur moyen de subvenir aux besoins les plus élémentaires de nourriture et d’abri. Mais du point de vue britannique, c’est doublement pénible. Même si nous soutenons sans réserve leur droit de rejoindre une terre d’asile et de travailler où ils le souhaitent, nous sommes conscients du terrible traitement qu’ils reçoivent si ils parviennent à rejoindre le Royaume Uni. Les anarchistes britanniques, qui se sont déplacés à Calais afin de faire preuve de solidarité concrète avec les immigrés, n’ont malheureusement pas eu la possibilité de dire « Oui, vous devriez venir au Royaume Uni ! Nous traitons mieux les étrangers ici qu’ils ne le font en France ! ». En Angleterre, la situation instaurée par l’Etat ne nous permet pas de le dire.
Les images des conditions misérables et de la souffrance vécues par les candidats à l’asile qui ont été montrées à la télévision britannique ont au moins eu un effet positif.
Beaucoup de gens ressentent maintenant de la sympathie envers les immigrés. Quelques uns d’entre eux reconnaissent même que si les immigrés préfèrent vivre dans de telles conditions, c’est que celles qu’ils ont fuit en Afghanistan, par exemple, sont bien pires. Les gens devraient réaliser que la distinction entre le « sincère » demandeur d’asile et celui qui immigre pour des raisons économiques est confuse et n’a pas de sens : les gens fuient autant la misère et la faim que l’oppression politique et la guerre (une guerre dont nous sommes d’ailleurs responsables).
Notre capacité en tant qu’anarchistes à entreprendre des actions et à faire preuve de solidarité est limitée par l’existence des centres de rétention.
Calais est un camp de réfugiés installé par les réfugiés eux-mêmes, démontrant l’efficacité de l’aide mutuelle qui y règne.
Comme d’autres camps en Europe, par exemple à Thessaloniki en Grèce, les militants s’investissent et travaillent directement avec les immigrés et les aident à améliorer leur situation.
Mais il n’y a pas de tels camps de réfugiés ici, il y a seulement des prisons. Même leur nom officiel - « centres de rétention » - révèle qu’ils sont uniquement destinés à retirer aux gens leur liberté de mouvement.
Que ce soient des prisons reconverties ou des établissements spécialement construits dans ce but, ils ne disposent pas moins de portes verrouillés, de murs infranchissables et de clôtures, de façon à ce que les détenus ne puissent pas voir à l’extérieur et que les gens de l’extérieur ne puissent pas être témoins de ce qui est infligé aux personnes détenues. Si vous allez voir un centre de rétention, votre instinct sera de grimper sur les hauteurs jusqu’à ce que vous puissiez voir à l’intérieur et établir une sorte de contact avec vos semblables, isolés et punis alors même qu’ils se trouvaient en état de détresse. Si vous allez rendre visite à quelqu’un dans un de ces centres, votre instinct vous poussera à vouloir vous en aller dès que possible, tant l’ambiance qui y règne est oppressante. Les gens sont parqués en cellules, tabassés s’ils se plaignent de la nourriture infecte, exclus des soins médicaux quand ils en ont besoin, et regardent leurs enfants développer lentement certains troubles mentaux à force de ne pas pouvoir courir et jouer. Dans de telles conditions, beaucoup d’adultes deviennent lentement fous eux-mêmes.
Pour certaines personnes, après avoir fait une demande d’asile à la frontière du Royaume Uni, où elles sont fichées par la prise d’empreintes digitales et photographiées, et où leur passeport leur est confisqué, tout ce qu’elles voient du pays auquel elles demandent de l’aide est l’intérieur de cellules et de fourgons de transport entre les « centres d’accueil » tels que celui d’Oakington dans le Cambridgeshire (réputé pour le racisme de son personnel et les mauvais traitements infligés aux personnes détenues), et les « centres d’expulsion » comme ceux de Colnbrook et de Harmondsworth à Heathrow (exploités par des compagnies privées, bien plus motivées par le profit que par un souci d’humanité).
Avant d’être envoyés dans un centre d’expulsion, beaucoup d’immigrés passent quelques temps dans des endroits comme Campsfield House dans le comté d’Oxfordshire, bien connu pour ses conditions déplorables qui ont conduit certains détenus à tenter de mettre fin à leurs jours. La seule forme constructive de protestation est la révolte, l’émeute. Elle attire les hélicoptères des médias qui filment alors les « HELP US ! » (« AIDEZ NOUS ! ») fait avec des draps dans la cour des centres. Tous les détenus sont traités comme des criminels.
Ils sont supposés être coupables de crimes qui ne sont jamais définis ou prouvés.
Une importante forme d’action que les militants britanniques pratiquent est la prise en charge des immigrés dont la demande d’asile a été refusée, en essayant de leur éviter de rester bloqués au premier endroit, le « centre d’accueil ». Quand leur demande d’asile est refusée après leur première demande – ce qui est quasiment toujours le cas – ils sont forcés de s’enregistrer. Il leur est clairement signifié qu’ils n’ont pas le droit de se déplacer et qu’ils sont passibles de détention à n’importe quel moment. Parfois, ils sont mis en détention, sans avertissement, quand ils viennent au bureau d’enregistrement. S’ils ne s’enregistrent pas quand ils sont supposés le faire, ils risquent de se voir arrêtés directement à domicile. Ceux dont le dossier empire parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer un bon avocat pour plaider en leur faveur doivent choisir entre devenir clandestins ou risquer à tout instant une arrestation et une mise en détention.
Une fois qu’ils sont placés en détention, il est bien entendu beaucoup plus facile d’expulser les demandeurs d’asile. Ils sont alors fréquemment déplacés aux quatre coins du pays, rendant le soutien de leur famille et de leur communauté d’autant plus difficile. Ceux qui ont un soutien extérieur sont parfois capables de se faire libérer sous caution. Mais pas toujours. Et ceux qui ont été détenus pendant des mois n’ont pas toujours assez d’aide extérieure ou alors ne connaissent pas quelqu’un pouvant se porter caution.
Même si les scènes terribles de Calais touchent dans une certaine mesure l’opinion publique britannique, rien ne changera pour les immigrés arrivant ici sans un soutien de la communauté et une opposition à l’Etat. L’Etat ne se soucie pas de l’opinion publique, excepté au moment des élections. Les anarchistes et les militants No Border proposent ici une aide directe et concrète en aidant les demandeurs d’asile risquant la détention, mais également en menant des actions directes dans les camps de réfugiés. En même temps que nous écrivons, nous récoltons des fonds et envoyons des personnes à Calais pour venir en aide aux victimes de cette crise humanitaire causée par l’Etat français. Nous remercions vivement les camarades français pour le soutien dont ils font preuve envers les immigrés en essayant de les faire passer au Royaume Uni. Mais nous restons tout de même soucieux pour ceux, suffisamment « chanceux », ayant réussi à passer. Nous oeuvrons pour un monde sans frontières, sans compromis, jusqu’à ce que chacun soit libre.
Pas de frontières, pas d’Etats ! Mettons fin aux détentions et aux expulsions.
Fédération anarchiste britannique